Résumé des épisodes précédents: après avoir exploré, avec leurs pieds et leurs papilles, le terroir de Château Chalon, puis après une soirée éclectique mais néanmoins jurassienne dans les Jardins de St Vincent, les participants à la Jurassic Party entament la deuxième journée de leur périple...  Un samedi particulièrement rempli, riche en émotions et en rencontres avec de bons vignerons et de bonnes bouteilles. Recentrage pour cette deuxième journée dans le nord du vignoble, sur la commune de Montigny les Arsures, et démarrage dans la sérénité chez Jacques Puffeney.

DSCN9586On descend dans la crypte, au calme, au frais, pour un petit voyage hors du temps qui passe dehors, hors du temps qu'il fait, (on n'en a cure), dans cette cave intemporelle, où le maître des lieux laisse à ses vins tout leur temps... Des chardonnay et des poulsard qui s'affinent trois ans en foudres, un simple savagnin qui ressurgit en bouteille après 8 ans sous voile... et une pièce de jaune qui aura attendu une décennie avant de connaître le clavelin.

Petit voyage dans le temps: nous sommes en 1962. Le jeune Puffeney vinifie sa première récolte, 6 hectos de blanc, 6 hectos de rouge. Tout de suite sur le podium: médaille d'or en blanc, médaille d'argent en rouge au concours des vins du Jura. "Mon premier client, ca a été l'acteur Raymond Bussières, il tournait un film dans le coin, c'est André Jeunet qui me l'a envoyé, je lui ai vendu 6 bouteilles, ça a été le premier congé que j'ai fait". Aujourd'hui, en 2010, Jacques Puffeney veut prendre son temps. Ces quatre dernières années, le domaine est passé de 8 hectares à 5 hectares 60, dont 80 ares de chardonnay. "je veux me concentrer sur les choses que j'aime bien"... (les jaunes et certains rouges, ai-je cru comprendre entre les lignes).

DSCN9595Chez Jacques Puffeney, c'est plus le vin qui parle que le vigneron. Il sert un premier verre, laconique: "Ca, c'est le chardonnay 2005", et il attend.  Silence... On regarde, on hume, on goûte... La Jurassic Party n'en mène pas large, le temps suspends son vol, on entendrait une mouche voler, ou un voile de vin jaune se former. Je vous passe les clichés, genre le vieux sage de Montigny ou le pape du vin jaune, mais le bonhomme force le respect. Et ce n'est pas lui qui va nous noyer sous un flot de commentaires et de détails sur ce qu'on goûte. On ose quelques avis sur ce premier vin, on interroge, on questionne... la relation s'instaure ainsi, il faut aller le chercher, le Jacques Puffeney, mais le partage et la passion prennnent vite le pas sur le côté taiseux du personnage.

Chardonnay 2005: gros volume, nez arrondi, un peu anisé, sur des notes de fruits jaunes. bel équilibre en bouche. (3 ans d'élevage)

Chardonnay 2003: Malgré un nez assez vif, il reflète son millésime, avec un déficit d'acidité en bouche, une pointe d'alcool et une finale un peu chaude... Une vendange très précoce dans des conditions "extrêmes" pour le Jura. La parole à Jacques Puffeney: "Il faisait 24° la nuit, on ne rentrait le raisin que le matin, en utilisant de la neige carbonique pour rafraîchir la vendange, on a fait ce chardonnay qui titrait ses 14°5 naturels".

Chardonnay 2006: Un nez plutôt floral, une légère pointe végétale, et surtout une impression de moelleux. La bouche est celle d'un sec, puissante, avec une belle acidité. Jacques Puffeney: "En 2006, la chaleur humide et la pluie ont favorisé le développement de pourriture noble, d'où ce nez particulier. 1995 était du même tonneau".

Poulsard 2006: Léger renard, belle robe claire, une attaque sympa en bouche, les fruits rouges, des petits tannins qui accrochent, une note poivrée, à peine pas assez de fruit à mon goût. Jacques Puffeney: "Sur ce type de vin, j'évite le foulage qui oxyderait les baies avant la fermentation,  un élevage de 3 ans en foudre de 30 hl."

Trousseau Bérangères 2007: Beau nez de trousseau, avec ce relief que lui donnent des notes de fumée et de végétal. Une bouche sur la cerise, une matière assez légère, de petits tannins fins.

Poulsard 2003: Nez assez complexe, un peu kirsché, vin assez souple, un peu d'alcool en finale, mais de la matière et du relief mine de rien pour un 2003.

Pinot 2008 (goûté sur fût): Un jus de cerises noires en robe comme au nez. Coloré, épais pour un Jura. Marqué par le bois, tannique, doit encore se faire. L'attaque est assez douce, mais c'est raide pour l'instant côté tannins. A attendre, mais du potentiel.

Sacha 2007: 40% Sa(vagnin), 60% Cha(rdonnay). Un assemblage qui ne recherche pas à tout prix l'esprit oxydatif, comme souvent dans cette cuvée, l'osmose entre les deux cépages est très réussie. Beaucoup de fraîcheur et une fine acidité, sur la pomme. Sacha reste une valeur sûre en matière d'assemblage dit "traditionnel".

L1010208Naturé 2006: Savagnin ouillé. Un nez floral et sur les agrumes, une pointe épicée, avec de la vivacité. Très jolie et longue trame acide en bouche, avec des traces d'amertume, on finit sur des notes de fruits exotiques. Jacques Puffeney conseille de le boire maintenant, sur le fruit. On ne peut qu'approuver.

Savagnin 2004: mise récente après 5 ans sous voile. Une belle structure acide pour ce savagnin qui offre au nez des arômes complexes, parmi lesquels la croûte de comté, un côté levure de boulanger et une pointe miellée. Des notes minérales en finale.

Savagnin 2002: mise en bouteille la veille (28 mai) après quasiment 8 ans sous voile. Excellent savagnin dans un style opulent, épicé, tout en gardant une belle fraîcheur, très bel équilibre donc, et surtout une grande longueur. 8 ans de voile, ça pourrait être un jaune! Pas chez Puffeney, explication du maître: "un bon jaune, ça doit avoir entre 450 et 550 mg d'éthanal, pour celui-ci on doit être autour de 250 à 280 mg". Allez zou, rétrogradé en savagnin, mais des savagnins rétrogradés comme celui-là, je suis preneur. Voilà pour la partie scientifiquement mesurable, mais Jacques Puffeney poursuit sa démonstration, joignant le geste à la parole (je vais essayer de vous le faire avec des mots): "le jaune, ça vous tapisse jusqu'au fond (il montre son oesophage et son estomac), le savagnin, ça s'arrète là (il indique l'arrière du palais)".

Vin jaune 2002: Tout en finesse, pas du tout tapageur, mais très puissant et long. Il reste fermé pour l'instant. Jacques Puffeney: "on me dit souvent que je fais plus Château-Chalon qu'Arbois". C'est pas faux sur ce coup là.

Vin jaune 2001: Le nez est bien causant, sur la croûte de comté, les épices, c'est assez complexe. Attaque, souple, bouche ronde, et acidité bien intégrée, qui fait semblant de ne pas être là pour mieux ressurgir au meilleur moment en fin de bouche. C'est finement joué. Très beau.

Vin jaune 2000: plus monolithique sur la noix, le raisin de corinthe, un peu brûlant, l'alcool dépasse encore un peu trop...

Vin jaune 1999: Jacques Puffeney nous sort une nouvelle mise en bouteille de la veille (28 mai donc, pour ceux qui n'ont pas suivi) sur une pièce de 99, soit plus de 10 ans de voile. Un nez de fruits confits, de cire, très ouvert, tout en douceur. En bouche on a tout: la puissance, l'équilibre, le volume et une longueur d'anthologie, avec un petit quelques chose de salin en finale, c'est la la fois voluptueux et strict, facile et très complexe, rond et droit, et vraiment très long. Jacques Puffeney, modestement: " 1999 est un grand millésime, on a eu de belles choses, on aura des choses du même type en 2005 et 2009". Le vin en tout cas est très ouvert et accessible pour un jaune de ce calibre. Puffeney: "Souvent un vin jaune est ouvert juste après la mise en bouteille, ça ne dure pas longtemps, après, il se referme". Bien content d'avoir croisé ce 99 au bon moment.

Vin jaune 1997: On revient sur un registre plus sévère, avec des notes de racines, de gentianes et d'épices. Ca reste assez rond en bouche, très profond, mais nettement moins accessible que le 99.

Le temps est passé  vite, et nous ressortons au grand jour après deux heures et demi d'une très belle dégustation. J'en retiens 3 vins que j'ai particulièrement aimé ce jour là, le savagnin 2002, le vin jaune 2001 et le vin jaune 1999, et le souvenir d'une rencontre très enrichissante avec Jacques Puffeney... Merci à lui pour le temps qu'il nous a consacré.

La Jurassic Party va se sustenter avant l'épisode 5, une dégustation-fleuve chez Michel Gahier.