Forcément, on ne l'a pas encore goûté, ce Clos des Equeugniers... Si Bacchus et Saint Vernier le protecteur des vignobles franc comtois le veulent bien,  2013 sera le premier millésime de ce cru, planté pas plus tard que cette semaine. On ne sait pas encore si le vin s'appellera ainsi, les Equeugniers, c'est le nom du lieu-dit, sis à Besançon, parcelles LO 114 et LO 115 au cadastre, d'ailleurs s'ils veulent faire style, ils n'auront qu'à l'appeller comme ça leur vin, LO 114 et LO 115 c'est assez tendance, ça devrait bien se vendre dans les bars à vin branchés...

Sauf que ce vin ne sera pas à vendre. Car après ses piscines municipales, sa police municipale, ses crèches municipales, ses jardins municipaux, ses vélos municipaux et plein d'autres choses tout aussi municipales, Besançon a décidé de se doter de sa vigne municipale. Un projet où se rencontrent pèle-mèle: un maire qui se souvient de la piquette produite par son tonton sur les coteaux bisontins dans les années cinquante, un employé DSCN9487recdes espaces verts féru de viticulture, un vigneron jurassien qui rêve de voir reverdir la vigne à Besançon, un retraité qui cultive son petit vignoble pour le plaisir, un pétillant pépiniériste haut saônois octogénaire et quelques autres encore.
Petit retour en arrière: en 1824, les collines autour de la ville sont couvertes de 1600 hectares de vigne. En 1161 déjà, un chroniqueur signalait la qualité des vins de la cité. Au 17e et 18e siècle, l'âge d'or de la viticulture bisontine, plusieurs milliers de journaliers et petits vignerons travaillaient pour quelques centaines de propriétaires... Il y avait des crus réputés: les Ragots, les Trois-Châtels, Tuffet... Bref, Besançon était une cité authentiquement viticole. Là-dessus sont arrivés les vins du midi, par voie fluviale puis par chemin de fer, une fiscalité croissante, le mildiou, le phylloxera... Les cartes postales du début du 20e siècle montrent encore des paysages de vignobles, mais en 1914 il ne restait que 158 hectares, et 4 hectares en 1963... Depuis longtemps la friche a repris ses droits, l'urbanisation a gagné du terrain, ne subsistent quelques rares parcelles cultivées pour une consommation familiale, et des traces: cabordes (cabanes en pierre sèche) écroulées ou parfois restaurés, murets de pierre sèche, ceps retournés à l'état sauvage.... Des noms de rues aussi: le Chemin sous les Vignes de Rognon par exemple, ou plusieurs chemins des échenoz de ceci ou de cela, les échenoz étant les petites terrasses autrefois aménagées dans les coteaux.

La vigne municipale donc: Pensée dans les règles de l'art, trente ares sur un coteau exposé sud-sud-est, à Port Douvot en bordure du Doubs, au soleil de 7h du matin à 7h du soir, un terroir argilo-calcaire bien drainant, DSCN94771800 pieds de chardonnay, pinot noir et trousseau. Une association pour le renouveau de la viticulture à Besançon s'est créée pour l'occasion, présidée par Gérard Tattu, un retraité qui cultive quelques ares pour son plaisir à Avanne, juste à côté. Et il y va franco: "Un vin de Besançon peut valoir bien des Bourgogne"... à vérifier sur pièce, mon petit doigt me dit que ça ne saurait tarder. La famille Guillaume, de Charcenne en Haute Saône, vignerons mais surtout pépiniéristes viticoles depuis 1895 (un catalogue de 160 cépages vendus aux viticulteurs dans le monde entier) a fourni les plants. Henri Guillaume, le patriarche, 87 ans, est venu scruter le terrain d'un oeil d'expert: "un sol à pinot noir, il va bien se plaire"... Géraud Fromont, vigneron au Domaine des Marnes Blanches à Cesancey, assurera le suivi,  lui aussi le sent bien, persuadé que le terroir des Equeugniers a un beau potentiel... Et la ville veut travailler à l'ancienne: travail au cheval comtois, piochage entre les pieds, pas de pesticides ni de produits de synthèse, du soufre, du cuivre et des tisanes de plante. Rendement prévu: moins de 40 hectos à l'hectare, soit 1200 litres de rouge ou de blanc qui agrémenteront à terme les vins d'honneur de la municipalité. Reste plus qu'à attendre 2013 pour les premières vendanges...