And the winners are... la Véro, l'Olif et le Mbvhq!  La semaine dernière fut effectivement consacrée à un stage intensif de dolce vita à la napolitaine, avec visite de Pompei, histoire de se fabriquer un alibi culturel entre deux trattorias...
La parcelle est plantée sur le site même de Pompei et se veut la reproduction de la vigne qui existait au même endroit, près de l'amphithéâtre, au moment de l'éruption en 79: 2080 pieds de Piedirosso et de Sciascinoso, cépages déjà connus dans le monde antique sous le nom de vitis oleagina et columbina purpurea, qui figurent d'ailleurs sur des fresques pompéiennes.

Cette vigne plantée en 1996 selon les indications des auteurs antiques, est exploitée par la maison Mastrobernardino, l'un des gros poids lourds vinicoles du coin, premier millésime produit en 2001. Pour en savoir plus, voir par ici (accrochez vous c'est du français de traducteur automatique). En tout cas ce tralala à base d'archéologie et de marketing leur permet de vendre la bouteille, sous l'étiquette Villa dei Misteri, à un prix astronomique. J'ai cherché par curiosité sur le net: le site le moins cher la propose à 150 francs suisses, soit une grosse centaine d'euros!

DSCN9274La vigne et le vin sont très présentes à Pompei qui fut un gros centre viticole... On s'accouderait volontiers au comptoir d'une taberna, où l'on voit encore les dolia maçonnées à même le comptoir, jarres qui contenait la cuvée du patron. Et la villa dei misteri, exploitation agricole et viticole un peu à l'extérieur de la ville, permet de découvrir, outre des fresques célèbres, la reconstitution de ce magnifique pressoir à levier, d'où le jus coulait par gravité à travers des rigoles directement dans des citernes souterraines pour y fermenter. C'était il y a presque 2000 ans, aujourd'hui on en est à réinventer cette simplicité de vinification...

Trois bonnes réponses sur  trois, il faut reconnaître que la devinette était plutôt fastoche: "à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire" (Corneille, Le Cid, acte 2, scène 2)... Mais vous faites moins les malins et la maligne sur la question subsidiaire... Ne faisons pas durer le suspense: L'une des sources les plus fécondes et les plus anciennes sur le vin et la viticulture est l'Histoire Naturelle de Pline l'Ancien. Il y mentionne notamment le vin de Séquanie, et la plupart des livres et sites sur le vignoble jurassien s'appuient sur cette citation (vers 70 ap. JC) pour affirmer que le vin du Jura est l'un des plus anciens de France (confondant très souvent au passage Pline l'Ancien et son neveu Pline le Jeune, autre auteur romain de best-sellers).  Et comment a-t-il fini, feu Pline l'Ancien? Il est décédé en 79 à Pompei, pour s'être approché un peu trop près du Vésuve en éruption. Le brave homme voulait observer le phénomène et venir en aide aux habitants, il mourut asphyxié.

Une bien belle histoire qui fait le lien, certes un peu capillotracté, entre le vignoble du Jura et Pompei... Mais le respect de la vérité historique m'oblige à préciser que c'est du total pipeau. Car Roger Dion, dans son irremplaçable Histoire de la Vigne et du Vin en France, estime dès 1959 que la citation de notre ami Pline n'est qu'une erreur de transcription, qu'il n'était pas question de la Séquanie, mais d'un lieudit du vignoble de Vienne, l'actuelle Côte Rôtie. Ce qu'on peut dire aujourd'hui, c'est que la culture de la vigne dans le Jura à l'époque romaine ou gallo-romaine n'est pas exclue, mais que rien dans l'état actuel de la recherche ne permet de la confirmer. L'histoire de Pline, bien qu'inexacte, est cependant trop belle pour ne pas figurer dans bon nombre de présentations du vignoble,  de plaquettes ou de sites de vignerons jurassiens. Pline ou pas Pline, Ancien ou Jeune, qu'importe si le vin est bon... Et voilà comment on revient dans le Jura en partant de Pompei...