Deux clavelins de chez Macle dégustés en extra de la soirée "quitte ou double" par les Copains du Vin. J'avais déjà goûté les deux séparément, le 1981 m'avait relativement laissé sur ma faim, le 1983 avait fait merveille sur une croûte aux morilles familiale. Ce soir, dégustation comparative (à l'aveugle pour mes petits camarades), pour essayer de se faire une idée plus précise de ce que donnent ces deux millésimes chez le pape de Château Chalon.

DSCN8812

1981, habillé d'une robe jaune bien dorée, est puissant, assez souple, marqué par la noix, avec une pointe d'amertume et une bonne longueur. Un Château Chalon de qualité, volume correct, assez classique, que je goûte quand même nettement mieux que la fois précédente.

A l'oeil, 1983 semble beaucoup plus jeune, avec une robe nettement plus claire que son aîné. On a une étonnante note herbacée au premier nez, presque de buis, c'est fugace, elle disparait rapidement. Attaque souple, moins démonstrative que le 81 de prime abord, mais derrière, c'est monsieur plus: DSCN8817plus complexe, plus concentré, plus aromatique, sur la noix sèche et les épices, une acidité encore très perceptible, et si le 81 a déjà une persistance respectable, son cadet n'en finit plus en bouche, nous faisant une bien jolie queue de paon.

A l'aveugle, mes copains du vin identifient Château Chalon ("C'est moins Brutus qu'Arbois quand même..."), et notent le cousinage entre les deux clavelins. L'une des hypothèses évoquées est, dans le même millésime, un vin de la Fruitière pour le 81 et un vin d'un bon producteur pour le 83.

DSCN8816Et les avis sont partagés:  le 1983 ne l'emporte que d'une courte tête, six voix sur dix, et le camp du 1981 a quand même quatre partisans, dont... les trois dégustatrices de la bande. Le principal reproche fait au 1983 par ses détracteurs (et surtout détractrices donc): son acidité encore vive... Alors, le 81 un jaune féminin et le 83 sévèrement burné? C'est Curnonsky qui disait dans l'une des ses bouquins, parlant du Château Chalon: "Il faut attendre vingt ans pour le boire. Encore vaut-il mieux n'en pas boire beaucoup, car il est terrible!  Ah, ce n'est point un vin de dames. Mais quelle extase brutale et magnifique il infiltre au coeur des pauvres hommes!"

Pour moi, il n'y a pas photo. 1981, année moyenne, se défend bien, pris séparément il tient la route. Mais il souffre de la comparaison avec l'excellent millésime qu'est 83, qui développe une complexité et une persistance bien supérieure, et surtout une vraie personnalité. Ce grand Château Chalon, taillé pour une longue garde, fera de plus vieux os que moi, pauvre homme.